Burn-out, bore-out et brown-out : comment les reconnaître ?

Lisa Vallini

6 min de lecture

Comment ça se passe pour vous au travail ? La question de la santé mentale en entreprise devient désormais centrale, et ce n’est pas pour rien puisqu’on estime que 55 % des salariés français ressentent du stress au travail (Workforce View, 2020). Alors, comment reconnaître le burn-out, le bore-out et le brown-out ? On fait le point.

Faisons le point sur les pathologies professionnelles de l’épuisement

Burn-out : la sensation d’être au bout du rouleau

Quand on parle de burn-out, ou burnout chez les anglophones, on pense souvent à cette sensation d’être au bout du rouleau, épuisé, complètement vidé d’énergie. D’ailleurs, « to burn out » signifie littéralement consumer en anglais. On pourrait alors imaginer une bougie qui s’éteint après avoir brûlé trop intensément. Le burn-out est en fait une conséquence de l’épuisement au travail, c’est une protection de notre cerveau qui nous invite à mettre un grand coup de frein avant de subir des dommages plus importants. 

De ce fait, le burn-out résulte d’une charge de travail conséquente qui entraîne un stress chronique et peut conduire à un état dépressif. Malgré les efforts du travailleur, le bout du tunnel n’apparaît jamais, ce qui entraîne une grande vulnérabilité et une difficulté à se déconnecter. 

Bon à savoir : selon le cabinet Empreinte Humaine, la détresse psychologique continue d’augmenter, notamment après une longue période de crise sanitaire. Pas moins de 2,5 millions de salariés seraient en état de burn-out sévère.

Bore-out : quand l’ennui prend le dessus

Le burn-out qualifie le surmenage au travail, le bore-out, lui, témoigne de l’ennui ressenti au bureau. Tous deux résultent d’un syndrome d’épuisement professionnel, mais l’un est issu d’un excès de travail, l’autre d’une sous-exploitation des compétences du salarié. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un simple moment d’ennui le vendredi après-midi en attendant le week-end, mais bien d’un sentiment prolongé qui s’installe durablement. 

Vous vous demandez sûrement quels sont les signes qui montrent un désinvestissement ? On peut évoquer la sensation d’être constamment distrait, d’être souvent tenté de flâner sur Internet au bureau ou de se concentrer sur ses occupations personnelles plutôt que sur ses missions.

Bon à savoir : une étude nommée « Bored to death » a mis en évidence que s’ennuyer dans sa vie professionnelle entraîne un risque de 2 à 3 fois plus élevé d’accidents cardiovasculaires qu’un salarié stimulé par son travail.

Contrairement au burn-out, le bore-out entraîne un sentiment de morosité plus que de nervosité. La moindre tâche devient vite insurmontable et surtout inintéressante. Ainsi le salarié bâcle ses projets, non pas par manque de temps, mais par manque d’intérêt.

Bon à savoir : officiellement, le bore-out ne fait pas partie des maladies professionnelles. Néanmoins, l’employeur a la responsabilité de « prendre des mesures pour assurer la sécurité et protéger la santé mentale et physique des travailleurs » (article L4121-1).

Brown-out : la perte d’engagement sur le lieu de travail

La traduction de ce terme anglophone est « coupure d’électricité » ou « baisse de tension ». En psychologie on parle de psychasthénie pour parler de ce phénomène du brown-out. La perte de sens se manifeste à travers une incompatibilité entre les valeurs de l’entreprise et celles du salarié ou un manque de reconnaissance. 

L’effet immédiat de ce mal-être psychique est une perte de motivation et d’engagement au sein de l’entreprise : tout paraît fade et sans attrait. Le brown-out n’est pas lié à la charge de travail comme les deux pathologies précédentes, mais plutôt à sa qualité. 

Bon à savoir : que ce soit le burn-out, le bore-out ou le brown-out, tous les trois impactent la santé mentale des salariés en entraînant une perte d’estime de soi, un épuisement émotionnel, une irritabilité, de l’anxiété ou des troubles du sommeil. Ces symptômes et la souffrance liée à cet état émotionnel peuvent conduire à une dépression.

Prendre garde à l’apparition des symptômes du mal-être au travail

Il est assez peu courant de se confier sur son manque de motivation ou son sentiment d’épuisement mental au service RH. Pourtant, lorsque les mots sont posés, les DRH peuvent guider et orienter vers des solutions adaptées. Les relations humaines se trouvent au cœur de la résolution du problème, autant faut-il d’abord repérer les signes d’épuisement du burn-out, bore-out ou brown-out. Pour cette raison, il est essentiel que les RH suivent une formation sur la psychologie juridique afin de savoir comment aborder la question avec ses collaborateurs. 

En parallèle, vous pouvez mettre en place une prévention dans l’entreprise en partageant les symptômes des états dépressifs, les signaux qui doivent alerter et la marche à suivre si on se sent concerné. De cette manière, les salariés seront plus à même de repérer quand quelque chose ne tourne pas rond et seront encouragés à en parler. En instaurant un climat de confiance, vous agissez concrètement pour prévenir les risques liés à l’épuisement professionnel. 

Une fois le burn out bore out ou brown out détecté, les professions RH peuvent proposer une panoplie complète de solutions, que ce soit la prise en charge par un spécialiste médical, la médecine du travail ou la proposition d’un coaching téléphonique ou en ligne.

Bon à savoir : légalement, le service RH ne peut pas demander comment va la vie personnelle d’un collaborateur qui a le moral dans les chaussettes. Et oui, cette question est assez intrusive et risque de braquer le destinataire au lieu de l’encourager à s’ouvrir. C’est pourquoi il faut proposer un environnement propice aux confidences et se montrer à l’écoute.

Agir pour empêcher le burn-out bore-out dans son entreprise

C’est évident, la qualité de vie au travail (QVT) a une influence sur la productivité et le moral des salariés. Personne n’a envie d’intégrer une entreprise qui ne se soucie pas du bien-être de ses collaborateurs et qui cumule les facteurs de stress. Pour empêcher les départs successifs, les arrêts maladie, la sensation de déprime ou les situations d’épuisement, vous pouvez valoriser des actions concrètes comme l’embellissement de votre espace de travail, la participation à la mobilité ou encourager la formation dans une dynamique d’évolution professionnelle.

Pour évaluer l’état de santé de l’entreprise, vous pouvez observer les indicateurs RH indispensables comme l’absentéisme ou le taux de turnover qui indiquent une forme d’insatisfaction au travail. Afin de sonder le moral général, l’adéquation des projets, l’intégration à l’entreprise ou l’organisation du travail, vous pouvez conduire des entretiens individuels réguliers pour faire le point sur les objectifs de chacun. 

Au cours de ces rencontres, prenez le temps de valoriser les postes et les missions accomplies en recontextualisant. Et oui, mettre en valeur les éléments qui fonctionnent avec empathie contribue à améliorer la motivation et à limiter la souffrance au travail. Tout le monde aime se sentir unique et reconnu, c’est un élément important pour éviter le burn-out, bore-out et aider ses collègues.

Bon à savoir : le télétravail possède de nombreux avantages, cependant il peut aussi faire émerger un sentiment de solitude ou encourager le repli sur soi. Même à distance, essayez de conserver une dynamique d’équipe. Dans cette idée, invitez aussi à séparer l’espace professionnel du cadre privé en coupant les notifications après une certaine heure par exemple.

👇 Les points à retenira retenir
  • le burn-out correspond à une surcharge de travail qui entraîne une saturation émotionnelle et physique ;
  • le bore-out découle d’un ennui profond et durable à la suite de missions inadaptées à ses compétences ou d’un manque de projets ;
  • le brown-out résulte d’une perte de sens au sein de l’entreprise ;
  • tous les syndromes d’épuisement professionnel entraînent de lourdes conséquences ;
  • pour prévenir l’épuisement du burn-out, bore-out et brown-out, vous pouvez organiser des entretiens réguliers pour faire le point ;
  • les indicateurs RH comme le taux de turnover offrent une estimation de l’insatisfaction au travail ;

les événements hors horaires de bureau comme les séminaires ou les soirées d’entreprise permettent de fédérer et d’améliorer le bien-être des salariés.

Lisa Vallini